LES KETTLES
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Il existe deux types de kettles (ou sölle) :

Les kettles du premier type sont des dépressions en forme d'entonnoir creusées dans des terrains glaciaires ou fluvioglaciaires, des sortes de dolines. D'ailleurs, certaines cartes géologiques utilisent, pour désigner les kettles, le terme de « dolines glaciaires ».
Malgré les apparences, la forme en creux est bien dûe à un dépôt. En quelque sorte, il s'agit d'un phénomène inverse de celui qui a donné naissance aux ôs.

Il arrive en effet parfois que la surface d'un glacier se recouvre d'une masse importante de pierrailles provenant d'un éboulement d'un des flancs de la vallée.
On cite par exemple l'éboulement qui, en 1997, a recouvert le glacier de la Brenva (Val d'Aoste) de plus de 2 millions de tonnes de pierrailles, mais qui à notre connaissance n'a pas créé de kettles.

Transportée par le glacier, cette masse de débris finit par atteindre le front du glacier, où elle stagne un certain temps, en protégeant la glace sous-jacente d'une fusion trop rapide.
Dans certains cas, des sédiments fluvio-glaciaires viennent, avant sa fusion complète, enrober la "loupe" de glace morte recouverte de pierrailles.
Puis, après un laps de temps qui peut s'étendre sur plusieurs siècles - voire millénaires - la glace finit par fondre, donnant alors naissance à un creux au milieu des terrains fluvio-glaciaires environnants : c'est un kettle du premier type ( de l'anglais "kettle", chaudron ).

Ces formes, quoique rares dans les Alpes ne sont pourtant pas exceptionnelles, mais leur fréquente situation en forêt limite les possibilités de photographie.


Voici un glacier islandais, sur lequel une éruption ou un éboulement a déposé une énorme moraine latérale ( flèches blanches).
Si le recul des glaciers se poursuit et si la masse de débris ( flèche jaune ) s'enrobe de dépôts fluvio-glaciaires, elle pourra donner naissance à un kettle.



Ce kettle est situé à Hebertville (Québec)

 

Photo extraite du site de l'Université de Trois Vallées (Quèbec) :

http://www.uqtr.ca/relief/



Le bloc-diagramme ci-dessous, provenant de l'Université de Laval (Canada), montre quelques-unes des formes décrites dans cette page. On y voit des eskers, une forme voisine des ôs, des kames ainsi que des kettles (du premier type).

On peut s'étonner de voir figurer des kettles en avant d'une moraine frontale.
Nous avons dit en effet que les kettles du premier type sont dus à la fusion de blocs de glace transportés par le glacier. Comment peut-il donc y avoir des kettles en avant du front de celui-ci ?
On pense que les blocs de glace ont été effectivement amenés par le glacier, mais que cela s'est produit lors d'un surge, c'est-à-dire d'une crue glaciaire importante et subite, au cours de laquelle le glacier s'étend au dela de son vallum terminal, sans laisser de marques très visibles dans le paysage, à l'exception de tels kettles et de blocs erratiques.
Proches parents des surges , mais faisant intervenir un afflux d'eau très important, les jökulhlhaup islandais, ces crues gigantesques dues à des éruptions sous glaciaires.
Mais il n'y a pas de volcans sous tous les glaciers !
On pense donc que ces surges, ces débacles glaciaires, sont dues à l'écoulement brutal de la masse d'eau contenue, à l'intérieur du glacier, dans la nappe phréatique ou dans des poches d'eau intraglaciaires (voir catastrophe de Saint-Gervais).

De tels kettles situés en avant d'une moraine frontale sont peut-être ceux que nous avons signalés dans la basse vallée de l'Isère.




On ne confondra pas les kettles, phénomènes qui affectent les glaciers du type alpin, avec les formes d'érosion dues aux ice streams des glaciers de calotte.

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Les kettles du deuxième type présentent sensiblement la même forme, mais se situent, non dans des dépôts fluvio-glaciaires, mais à la surface d'un glacier actuel.

Ils résultent d'un phénomène en quelque sorte inverse de celui qui donne naissance aux kettles du premier type. Ici, une énorme masse de glace est tombée sur le glacier.
Cette glace, non recouverte par les débris, a fondu plus vite que le glacier qui l'entoure, bien protégé, lui, comme on peut le constater sur ces photos, ce qui a donné naissance à ces trous en forme d'entonnoir.
Quant à la provenance de cette masse de glace, deux possibilités -- au moins -- peuvent être envisagées :

-- une chute de glace provenant d'un glacier affluent suspendu
-- dans le cas des glaciers islandais en particulier, elle a pu être apportée lors d'un jökulhlaup (crue gigantesque due à une éruption sous-glaciaire).


Cette photo, extraite du site remarquable http://tvl1.geo.uc.edu/ice/Glacier.html de l'Université de Cincinnati montre un ensemble de kettles sur le Tasman Glacier, en Nouvelle-Zélande.


Le commentaire qui accompagne cette photo mentionne la glace noire qui affleure sur la partie verticale, mais aussi un tunnel qui apparaît sur un des côtés, creusé sous la glace recouverte de débris.
La présence de ce tunnel laisse cependant planer un certain doute, car sa taille semble difficilement compatible avec la fusion, nécessairement lente, de la masse de glace.
Une autre explication nous paraît pouvoir être envisagée, celle d'une résurgence des eaux glaciaires qui ont creusé ce tunnel. L'Université de Cincinnati qualifie ces résurgences de "fountains".




Mais revenons dans les Alpes où l'on peut trouver des kettles du premier type dans les environs de Grenoble :

-- aux Seiglières, sur la route du Recoin de Chamrousse, où ils forment des entonnoirs d'une centaine de mètres de diamètre et d'une trentaine de mètres de profondeur ( Les Marais Chauds ).
-- à Vaulnaveys-le-Haut
( sur la carte géologique, ces kettles sont dénommés "dolines glaciaires" ).
-- sur la terrasse fluvio-glaciaire de Vinay ( vallée de l'Isère, vers Saint Marcellin ), en particulier aux points de coordonnées UTM WGS 84 suivantes :
- 31T 0692700 / 5009100 Altitude = 220 m
- 31T 0693100 / 5009300
- 31T 0693200 / 5009600
Le premier de ces trois derniers kettles mesure 120 m de diamètre et 15 m de profondeur environ.