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Le mercure atmosphérique Convertir en PDF Version imprimable

Le mercure atmosphérique montre la voie sur l'efficacité de réglementations environnementales

Le mercure est un polluant toxique qui existe sous différentes formes chimiques. Sa forme gazeuse Hg0 joue un rôle central dans la propagation de cette pollution, depuis les latitudes tempérées où se concentrent aujourd'hui les sources humaines de ce gaz, vers l'ensemble des régions du globe. A partir d'échantillons d'air prélevés le long des 80 mètres d'épaisseur du névé polaire au centre du Groenland, des chercheurs français du LGGE[1], en collaboration avec plusieurs équipes américaines[2] et italienne[3], ont pu reconstruire les concentrations atmosphériques de Hg0 depuis la fin de la seconde guerre mondiale, représentant celles des moyennes et hautes latitudes Nord. Des niveaux élevés de Hg0 atmosphérique sont observés pour les années 70, conséquences d'émissions anthropiques alors importantes aux Etats-Unis et en Europe. Mais une décroissance est révélée pendant les années 80, accompagnant la mise en place des premières réglementations réduisant les émissions de mercure depuis ces pays. Leur travaux sont publiés dans la prestigieuse revue américaine des Proceedings of the National Academy of Sciences.

Le mercure est un polluant « global »: il se retrouve à toutes latitudes aussi bien au sein des écosystèmes terrestres que marins, dans la végétation, les sols, les zone humides, les neiges ou encore les océans. Plusieurs formes chimiques du mercure coexistent dans l'environnement: la forme élémentaire gazeuse (Hg0), une variété de formes divalentes (Hg(II)), et l'espèce organo-métallique extrêmement toxique: le méthylemercure. Cette dernière a la particularité de se concentrer lors de sa transmission le long de la chaîne alimentaire, et devient dangereuse pour l'homme lorsque sa concentration dans le sang dépasse 100 mg

Pour reconstruire l'évolution temporelle de cette pollution, Xavier Faïn et ses collègues français et étrangers se sont intéressés à une archive unique: l'air du névé polaire. La neige qui se dépose à la surface des calottes polaires (Groenland et Antarctique) se transforme progressivement en névé puis en glace au cours du tassement progressif des couches successives. Le névé est un milieu poreux où les gaz atmosphériques circulent lentement avant leur piégeage définitif sous forme de bulles dans la glace. L'air présent dans le névé, au Groenland et en Antarctique, devient alors une archive naturelle unique pour la reconstruction de la composition récente de l'atmosphère.

 

summit_0401.jpg

 

En juin 2006, les chercheurs ont prélevé à différentes profondeurs l'air du névé de Summit (point culminant du Groenland, à 3200 m d'altitude) et l'ont analysé pour son contenu en Hg0.  Ces mesures ont permis de reconstruire pour la première fois l‘évolution du Hg0 atmosphérique au cours des dernières décennies, alors que les premières mesures directes et continues du mercure atmosphérique n'ont débuté que dans les années 1990. Un pic de concentration en Hg0 à des niveaux quasiment doubles des teneurs actuelles a ainsi été mis en évidence dans les années 70. Ce signal reconstruit au Groenland porte la signature des émissions nord-américaines et européennes. Mais le signal observé révèle aussi une forte décroissance des teneurs en Hg0 atmosphérique correspondant aux années 80, qui reflète la conséquence positive des premières réglementations encadrant les rejets industriels vers l'atmosphère, notamment le Clean Air Act américain mis en place en 1970 et ses amendements de  1977. Conduites loin des sources de pollution, ces analyses « sentinelles » témoignent donc de l'efficacité des réglementations sur un polluant majeur.

 

Le développement rapide des économies des pays émergents permettra-t-il de maintenir cette tendance à la baisse du mercure élémentaire gazeux ? De fait, l'enregistrement atmosphérique que viennent de publier ces chercheurs encourage l'initiation prochaine de négociations aux Nations-Unies pour la mise en place d'une régulation au niveau international des émissions anthropiques de mercure.

 

Cette étude a été financée en France par le programme ACI Jeune chercheur du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, et par le Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement. Le travail de terrain était soutenu par la NSF (National Science Foundation) américaine.

 

Référence:

 

Faïn, X., C. P. Ferrari, A. Dommergue, M. Albert, M. Battle, J. Severinghaus, L. Arnaud, J. M. Barnola, W. Cairns, C. Barbante et C. Boutron

Polar firn air reveals large-scale impact of anthropogenic mercury emissions during the 1970s

Proceedings of the National Academy of Sciences, 106, (38), 16114-16119, 2009.

 

Contacts:

Xavier Faïn : xavier.fain@dri.edu

Aurélien Dommergue : dommergue@lgge.obs.ujf-grenoble.fr

Crédits photos : Xavier Faïn

 

Légende photo :

Une carotte de névé est remontée à la surface lors de l'opération de pompage d'air à  Summit en juin 2006.



[1] Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement, unité mixte CNRS et Université Joseph Fourier de Grenoble (http://www-lgge.obs.ujf-grenoble.fr)

[2] CRREL, Bowdoin College, Scripps Institution of Oceanography

[3] Université de Venise

[4] seuil définit par l'Organisation Mondiale de la Santé

Dernière mise à jour : ( 18-12-2009 )
 

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